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Une maison à la déco récup’ !

Une maison à la déco récup’ !

En 1990, après avoir vécu dans un moulin isolé près d’Aubusson, Nicole et Jean-Pierre repèrent un lieu qualifié d’invendable par l’agent immobilier, une ancienne manufacture de tapisserie fermée pour faillite en 1932, entourée d’un jardin bordé de la rivière Creuse. La manufacture Teiteix-Bassereau-Lunot se compose de plusieurs bâtiments dont un en brique et claires-voies en bois, consacré autrefois au séchage de la laine. L’ensemble séduit immédiatement le couple qui y voit la possibilité d’y poursuivre ses activités professionnelles dans une maison à la déco récup’. 

Dans le « cabinet de verdure », Nicole a patiné un vaisselier Henri II dans des tonalités douces. Dans le cadre ovale, un carton de tapisserie Jardinière à l’arrosoir. La banquette xix e a été achetée dans une brocante locale ; elle est recouverte d’une tapisserie d’Aubusson.
La console est composée d’un marbre stocké par le couple et de potences récupérées dans la manufacture. Près du petit cheval xix e , des globes en verre de pendules abritent des gravures du xviii e et des cartons de tapisserie d’Aubusson.

« Quand nous sommes arrivés dans la Creuse, Jean-Pierre, qui était alors photographe de presse, a commencé à réaliser des catalogues pour les lissiers et des catalogues d’art. Puis nous nous sommes mis à la brocante et cela a pris le dessus. Quand nous avons fait l’acquisition de cette ancienne manufacture, nous avons tout de suite ouvert la brocante et l’atelier d’ébénisterie pour continuer à travailler. Avec un artisan plombier, mon mari a aménagé notre appartement juste au-dessus. »

Le couple acquiert ensuite, en 2004, la maison attenante pour ouvrir leur maison d’hôtes Le Jardin de Nicole. « C’était à l’origine des ateliers de la manufacture de 1890 qui ont été transformés en maison d’habitation après la Seconde Guerre mondiale. La maison a appartenu ensuite à un marchand de vin limonadier. Nous avons enlevé sept tonnes et demi de bouteilles vides en verre de limonade des années 50 et 60, personne n’en voulait à l’époque ! »

Dans le «cabinet de verdure », la grande table de 4,80 m du xix e siècle provient d’une ancienne papeterie de Guéret. Le couple a retiré le massicot à l’extrémité qui servait à découper le papier. Les chaises de jardin datent du début du xx e . À gauche, sur le mur, un carton d’Aubusson.

Mémoire du lieu

Dans l’une des dépendances baptisée « cabinet de verdure », Nicole a mis en scène ses trouvailles, notamment un carton de tapisserie d’Aubusson, en hommage à l’histoire du lieu. « Il s’agit d’une gouache fin XIXe début XXe , une verdure Aubussonnaise caractérisée par la présence d’arbres, de forêt, d’un château, d’eau, d’oiseaux et d’un bestiaire fantastique. »

Dans le salon des hôtes, la table guéridon Henri II vient de la salle à manger d’une maison creusoise. Le couple a acheté beaucoup de mobilier Henri II dans le passé pour sa clientèle américaine. La banquette à gauche date du début du xix e siècle. Le tissu n’est pas d’origine.
Une plaque de cuisson a été encastrée dans l’entourage d’une ancienne cuisinière.

Ce carton fait 5 m de longueur et se compose de 18 bandes numérotées. Le carton – un modèle peint par un peintre cartonnier qui servait au lissier lors de la réalisation de la tapisserie – était coupé pour mettre les bandes une à une sur le métier. Nicole et son mari ont découvert en 1981 les cartons d’Aubusson, à l’époque de leur installation dans la Creuse. « Nous ne savions pas alors ce que c’était.

Nous avons appris et cela nous a passionné. » Les murs ont été patinés par Nicole : « Le vert sur les murs s’est imposé d’office pour aller avec le carton et le jardin. » Les grandes ouvertures sur le jardin sont d’origine. Dans cette pièce, le couple a retrouvé des cuves utilisées autrefois pour les teintures des laines. Jean-Pierre a détourné des potences trouvées sur place qui servaient à soulever la laine trempée dans les cuves pour réaliser une console « Nous les avons tronçonnées et nous avons ajouté un marbre provençal néorustique. »

Meubles et objets patinés par Nicole ont parfaitement trouvé leur place ici.
Les cartons de tapisserie d’Aubusson sont ici mis à l’honneur.

D’anciennes petites chaises de terrasse ont pris place dans le « cabinet de verdure ». « Lorsque nous étions encore en activité, nous vendions beaucoup de mobilier de jardin », raconte Nicole. Le comptoir a été fabriqué par Jean-Pierre avec des boiseries murales et des portes récupérées datant de la fin du XIXe et du début XXe siècle. Le tout a ensuite été patiné par Nicole. Dans un vaisselier Henri II, elle a créé son petit cabinet de curiosités. Elle y expose nids et animaux empaillés.

Dans l’entrée, s’expose un autre carton de tapisserie d’Aubusson. L’escalier mène aux chambres.
Dans la salle de bains, les suspensions datent des années 20. Au sol, un broc émaillé trouvé par le couple dans les années 90.

« Ils sont rangés et je peux fermer les portes si les gens n’aiment pas », précise-t-elle. Dans son atelier, attenant au « cabinet de verdure » et à la maison, une accumulation de frontons et de chaises patinées côtoient de vieux papiers et d’anciens herbiers : « À une époque, je patinais beaucoup de frontons, que je vendais mieux séparément que sur des meubles ; il m’en reste quelques-uns », explique-t-elle. « J’adore les herbiers, je suis passionnée par les plantes. J’aime les encadrer, les utiliser sur des cartes ou m’en servir pour faire des activités avec ma petite-fille. »

Dans la chambre, les appliques datent du début du XXe siècle.

Des idées déco récup’ astucieuses

Face au « cabinet de verdure », camouflée dans la végétation, se dresse la maison réservée aux hôtes ou aux invités. Nicole confie qu’elle aime parfois s’installer dans le salon au coin du feu, quand la maison est disponible, pour s’y attarder et lire. Ici aussi, de nombreux meubles et objets, à l’instar de fauteuils ou de la cheminée, ont été patinés. Cette dernière, à l’origine en brique et granit, a été rhabillée avec un parement de cheminée chiné et un trumeau du XIXe siècle. Le tout a été unifié grâce au talent de Nicole. Les tomettes du rez-de-chaussée découvertes sous la moquette ont été badigeonnées avec de l’ocre et de l’huile de lin. Sur les murs de l’entrée, le couple a disposé un autre très beau carton de tapisserie d’Aubusson du XXe siècle.

Dans la chambre des hôtes, le lit a été chiné chez un brocanteur dans l’Aveyron.
Le couple habite dans le bâtiment agrémenté de claires-voies en bois, au premier et au deuxième étage. Au rez-de-chaussée de ce bâtiment, se trouve le « cabinet de verdure » ouvert à tous.

Passé maître dans l’art du détournement et de la récup’, Jean-Pierre a eu l’idée d’utiliser l’entourage d’une cuisinière inutilisable chinée afin d’y encastrer une plaque de cuisson. Il s’est amusé ensuite à peindre sur une plaque de zinc « Made in France » posée à l’endroit où la tôle était percée. Autre astuce : Jean-Pierre, pour cacher la chaudière, a réalisé un meuble avec d’anciens volets. Un couple jamais à court d’idées dans cette maison à la déco récup’ !

©Texte et photos Corinne Schanté-Angelé

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