En cours de lecture
Dorer, redorer : découvrez les techniques d’Augustin Lepage

Dorer, redorer : découvrez les techniques d’Augustin Lepage

Un coussin, une palette à dorer, couteau, pinceaux et brunissoirs sont posés sur une table pour redorer

PORTRAITAUGUSTIN LEPAGE
DOREUR ORNEMANISTE, RESTAURATEUR DE TABLEAUX ET D’OBJETS D’ART POLYCHROME

Formé par Bruno Toupry, maître doreur à l’Atelier du Nombre d’Or, validé par le diplôme de doreur ornemaniste de l’école de la Bonne Graine (Paris XI), Augustin suit ensuite une formation professionnelle de restauration de tableaux et d’objets d’art polychromes au Viaduc des Arts dans le XXIIe arrondissement de Paris. Ce passionné de dorure du XVIIIe a ouvert l’Atelier de Luynes il y a quatre ans, qu’il partage depuis un an et demi avec Charles Lécharny, qui lui aussi adore redorer. La clientèle de l’atelier est variée : marchands d’art, collectionneurs, particuliers et aussi les musées. 

Dans l'atelier de Luynes se trouvent une lampe sur un meuble à côté de différents outils pour redorer
Œuvres d’art et objets hétéroclites composent le décor de l’atelier de Luynes.
Jeune homme portant un cadre redoré dans les bras
Devant une imposante vénitienne, Augustin Lepage tient un cadre d'époque Louis XVI qu'il a restauré, doré à l'eau à la feuille d'or, agrémenté de décors de cabochons et de rais-de-coeur.

Augustin Lepage, nous ouvre les portes de l’Atelier de Luynes à Paris. Minutieusement restaurés, sculptés et recouverts d’ors précieux, cadres, baromètres, miroirs et objets d’art polychromes renaissent ici. 

Dans l’atelier, la dorure habille un miroir vénitien d’époque Louis XVI entièrement restauré, un cadre à décor de frises de palmettes et de laurier ou encore un baromètre d’époque Louis XVI. Près d’une lithographie d’OBEY « Make Art, Not War » et d’une aquarelle XVIIIe d’Hubert Robert, un crane de buffle sculpté et une sculpture représentant Beaumarchais dorés à la mixtion côtoient des lettres dorées qui composent le mot ATELIER. 

Un pinceau posé entre un livre et des feuilles d'or carats pour redorer
Près d’un livre rare de 1776 de Jean- Felix Vatin, des feuilles d’or 22 carats (14g pour 1000 feuilles) découpées et un pinceau pour la dorure dit « appuyeux » permettant au doreur de bien appuyer sur les feuilles d’or.

Un meuble créé par Augustin en bois doré avec un fronton d’époque Louis XIV attire particulièrement le regard.

« Beaucoup de mes clients aiment les cabinets de curiosités, je fais ce type de meuble sur demande, selon les goûts, de style Louis XIV ou Louis Philippe »

Dans cet écrin, s’exposent une collection de flacons anciens chinés dans lesquels le jeune homme range ses produits utilisés au quotidien : de la colle de peau de lapin, de l’alcool, des vernis en résine ou encore des pigments. D’autres renferment des chutes de feuilles d’or pour leur côté visuellement intéressant ou des raretés à l’instar d’une peau de requin datant du XVIIIe

« à l’époque il n’avait pas de papier de verre, des peaux d’animaux étaient utilisées. » ,précise Augustin.  

cadres des XIXe et XXe siècles et chassis anciens qui ont été redorés
Accumulation de cadres des XIXe et XXe siècles et de chassis anciens.

Différentes techniques sont utilisées pour redorer. Les principales sont la dorure à l’eau dite à la détrempe, pour tout objet en bois sculpté ou celle à la mixtion à l’huile, pour le métal et les objets destinés à être placés à l’extérieur. Pour le plastique et les petits ornements qui ne seront pas manipulés ce sera la mixtion à l’eau qui sera privilégiée.   

Un coussin, une palette à dorer, couteau, pinceaux et brunissoirs sont posés sur une table pour redorer
Les outils du doreur : un coussin à dorer à la française. Le vélin protège l’or, très volatile, des courants d’air, une palette à dorer, couteau, pinceaux et brunissoirs en agate.

Dans le cas d’une restauration d’un cadre régence confié récemment à Augustin, qu’il fallait entièrement redorer, c’est une dorure à l’eau qui fût réalisée. Les apprêts d’époque ayant disparus, il a d’abord fallu d’abord recréer les parties en bois. Celles-ci ont été confiées à son collègue Charles Lécharny, ébéniste et restaurateur de meubles qui partage avec Augustin l’Atelier de Luynes. Le bois a ensuite été apprêté (recouvert d’un mélange de colle de peau de lapin et de blanc de Meudon) cette étape permet de recouvrir le bois à dorer. Sept couches ont été nécessaires. Puis un minutieux ponçage a été effectué, Augustin a ensuite dessiné les ornements et les a resculpter à l’aide de fers à reparer (étape de la reparure)

Une feuille d'or est sur un coussin à dorer
La feuille d’or est posée sur le coussin à dorer puis coupée en morceau. Augustin a fabriqué ses cousins aux dimensions souhaitées, pour éviter de travailler ceux vendus dans le commerce, industriels, plus petits et peu résistants.

L’étape suivante est celle du jaunissage (ocre jaune et colle de peau de lapin), une coloration des fonds des ornements puis pose de l’assiette (de l’argile rouge mélangée à de la colle de peau de lapin). Augustin couche ensuite, à l’aide de la palette à dorer les morceaux feuilles d’or et effectue un brunissage à l’agate sur certaines parties afin de donner couleur et brillance à l’or. Suivent les étapes de matage et de patine. Contrairement à la dorure à la détrempe, celle dite à la mixtion à l’huile, plus simple, nécessite beaucoup moins d’étapes pour redorer. 

« Je restaure tout ce qui est peint et doré (sculptures, tableaux, cadres, églises, objets de curiosités…) Avec mon collègue Charles Lécharny nous pouvons quasiment tout restaurer ! »

Augustin mouille l'assiette pour réactiver l'argile à l'aide de deux pinceaux pour redorer
Augustin mouille l’assiette pour réactiver l’argile et la colle de peau de lapin pour que les feuilles d'or accrochent parfaitement. L’élément qu’il redore était utilisé lors de processions, provient d’Italie et date du début du XVIIIe siècle.
Corinne Schanté-Angelé

Cet article vous a plu ? Venez découvrir Gaël et ses globes terrestres artisanaux !

Haut de page
cookie